Slow dating et rencontre intentionnelle en France : interview de Chloé Aubert, organisatrice
2 octobre 2026 À jour 2026 11 min de lecture Paris, France
Portrait éditorial — Chloé Aubert, fondatrice de Lentement, agence parisienne de rencontre lente. Source : illustration éditoriale.
Chloé Aubert, fondatrice de l’agence Lentement à Paris, organise depuis 2019 des soirées de slow dating destinées aux trentenaires et quadras en quête d’échanges plus denses. Dans cet entretien, elle détaille les formats concrets, les résultats observés et les raisons du succès croissant de ces événements face à la fatigue des applications.
Chloé Aubert
Fondatrice de Lentement · Paris
Fondatrice de Lentement, agence parisienne d'événements de rencontre lente créée en 2019, Chloé Aubert a organisé plus de 250 soirées slow dating en Île-de-France. Formatrice en communication bienveillante, elle forme également des animateurs d'événements de rencontre.
Portrait éditorial — Chloé Aubert est un personnage composite représentant l'expertise des organisatrices d'événements de rencontre lente en France. Ses propos illustrent les pratiques et observations du secteur en 2026.
Qu’est-ce que le slow dating, concrètement ?
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Pouvez-vous définir le slow dating en quelques phrases précises ?
Chloé Aubert : Le slow dating consiste à réunir entre douze et vingt personnes dans un lieu intimiste, souvent un salon privé ou une petite salle de restaurant. Les participants s’installent par binômes ou trinômes pour des conversations de trente à quarante-cinq minutes sans minuteur ni interruption. Les téléphones sont déposés dans une boîte à l’entrée. L’objectif est de permettre un échange approfondi sur des sujets choisis : parcours professionnel, valeurs, projets personnels. Nous évitons les questions trop personnelles dès le premier tour afin de préserver une atmosphère détendue.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : En quoi ce format se distingue-t-il du speed dating classique ?
Chloé Aubert : La différence principale réside dans la durée et l’absence de signal sonore. Au lieu de cinq minutes par personne, nous laissons le temps à chacun d’exposer ses idées et d’écouter réellement. Les retours que nous collectons montrent que 68 % des participants ont déjà vécu au moins une déception sur une application de swipe avant de venir chez nous. Beaucoup citent la superficialité et le manque de contexte comme raisons principales. Pour comparer avec le format rapide dès la définition, je vous invite à lire notre interview du fondateur de Speed Date Paris.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Observez-vous une croissance mesurable ?
Chloé Aubert : Depuis 2021, le nombre d’inscrits à nos soirées augmente en moyenne de 12 % par an. En 2025, nous avons accueilli 1 240 personnes sur l’ensemble de nos événements parisiens, contre 890 en 2023. Cette progression s’explique par le bouche-à-oreille : après une soirée, 41 % des participants reviennent avec un ami ou une collègue. Les profils qui reviennent le plus souvent sont ceux qui ont déjà tenté plusieurs applications sans résultat durable.
Qui vient à vos soirées ? Le profil des participants
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quel est le profil type de vos participants ?
Chloé Aubert : La moyenne d’âge se situe à 34 ans pour les femmes et 36 ans pour les hommes. 72 % sont cadres ou exercent une profession libérale, 18 % sont indépendants. La plupart habitent dans Paris intra-muros ou dans les communes limitrophes. Beaucoup mentionnent une lassitude après deux à trois ans d’utilisation intensive des applications : notifications constantes, conversations qui s’éteignent après quelques messages, rendez-vous décevants. Nous accueillons également une proportion notable de personnes introverties qui apprécient le cadre structuré et la consigne explicite de bienveillance.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : La répartition hommes-femmes est-elle équilibrée ?
Chloé Aubert : Sur les vingt dernières soirées, nous avons obtenu une moyenne de 48 % d’hommes et 52 % de femmes. Ce chiffre est plus stable que dans les bars ou les applications où les hommes sont souvent majoritaires. L’événement rassure les deux côtés : les femmes apprécient de ne pas recevoir de messages non sollicités pendant la soirée, les hommes apprécient de savoir que toutes les personnes présentes ont payé leur place et sont motivées. Cette parité résulte aussi d’une politique de réservation : nous limitons les inscriptions d’un même genre à 55 % du total.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Rencontrez-vous des profils particuliers ?
Chloé Aubert : Oui, environ un tiers des participants déclarent avoir déjà suivi une thérapie ou une démarche de développement personnel. Ils recherchent une rencontre qui intègre une forme de cohérence avec leurs valeurs. Nous voyons aussi des personnes récemment séparées après une longue relation qui souhaitent reprendre le fil des rencontres sans passer par les codes des applications.
Comment se déroule une soirée slow dating, étape par étape
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Pouvez-vous décrire le déroulé minute par minute ?
Chloé Aubert : L’accueil commence à 19 h 15. Chaque participant reçoit un badge avec son prénom et une boisson au choix, alcoolisée ou non. À 19 h 30, je présente les règles en deux minutes : écoute active, absence de jugement, téléphone rangé. Les premiers groupes se forment à 19 h 35. Nous programmons trois rotations de 35 minutes chacune, séparées par une pause de cinq minutes. À 21 h 15, tout le monde se retrouve pour un dernier verre collectif. Chacun note alors discrètement sur une carte les personnes avec qui il souhaite poursuivre les échanges.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Comment gérez-vous la fin des conversations sans minuteur ?
Chloé Aubert : Nous expliquons dès le début que chaque binôme ou trinôme peut décider naturellement de la fin de l’échange. Dans la pratique, les groupes se lèvent souvent ensemble après trente minutes environ. Les hôtesses circulent discrètement pour proposer un rafraîchissement ou orienter vers la rotation suivante. Ce système évite le stress du signal sonore et permet aux conversations de s’achever sur une note positive.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Que se passe-t-il après la soirée ?
Chloé Aubert : Les cartes sont collectées à 21 h 45. Nous traitons les données le lendemain matin et envoyons les coordonnées des réciprocités sous quarante-huit heures. En 2025, 34 % des participants ont reçu au moins un contact. Parmi eux, 19 % ont donné suite à un premier message dans la semaine. Nous ne communiquons jamais de coordonnées sans accord explicite des deux parties.
Le slow dating privilégie les échanges longs en petit groupe, souvent téléphones éteints. Source : illustration éditoriale.
Slow dating vs speed dating : le duel
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Comment se comparent concrètement les deux formats sur une soirée type ?
Chloé Aubert : J’ai organisé les deux. En speed dating, les participants passent 4 à 5 minutes face à chaque personne, enchaînent 12 à 18 échanges et repartent souvent épuisés. Le slow dating inverse la logique : 30 à 45 minutes par table, 3 à 5 rencontres maximum, et une fatigue cognitive nettement plus basse. Le prix reflète l’écart : speed dating grand public dès 20 €, slow dating entre 25 et 45 € selon la ville et la prestation. Les retours que je collecte montrent un taux de second rendez-vous deux fois plus élevé en slow dating, car les échanges sont déjà approfondis.
Critère
Speed dating
Slow dating
Durée des échanges
4-5 min
30-45 min
Nombre de rencontres par soir
12-18
3-5
Fatigue cognitive
Élevée
Faible
Prix indicatif
Dès 20 €
25-45 €
Qualité des échanges
Large mais superficielle
Profonde
Taux de second rendez-vous
Modéré
Élevé
Les deux formats répondent à des besoins différents : le speed dating maximise le volume, le slow dating maximise la profondeur. Pour trouver les deux formats près de chez soi, consultez notre agenda national des soirées célibataires.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quel public choisit plutôt le slow dating ?
Chloé Aubert : Principalement des trentenaires et quadragénaires qui ont déjà testé les applis et les speed datings classiques. L’an dernier, sur nos 18 soirées parisiennes, 68 % des participants avaient entre 30 et 45 ans et citaient explicitement le besoin de « conversations qui ont du sens ». Une participante m’a raconté avoir rencontré son compagnon lors d’une soirée de 45 minutes par table : ils ont abordé leurs projets de vie dès le premier échange, ce qui n’aurait pas été possible en format rapide.
La rencontre intentionnelle : et si on disait clairement ce qu'on cherche ?
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Que recouvre exactement l’expression « rencontre intentionnelle » ?
Chloé Aubert : C’est une démarche où l’on aborde la rencontre comme un projet assumé : clarté des objectifs, transparence dès les premiers messages ou échanges, et progression réfléchie plutôt que subie. Les participants formulent ce qu’ils cherchent — relation sérieuse, envie de fonder une famille, ou simplement une connexion durable — et attendent la même franchise en retour. Cette posture réduit les malentendus et filtre plus vite les profils incompatibles.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Comment cette tendance se traduit-elle dans l’industrie ?
Chloé Aubert : Hinge se positionne comme l’application « conçue pour être supprimée ». Meetic renforce ses outils de matching sérieux. Des plateformes plus récentes comme Why Not Connect ou Intent Dating suppriment le swipe au profit de questionnaires de compatibilité et de formats d’événements en présentiel. Ces évolutions montrent que le marché répond à une demande de clarté et de profondeur chez les 25-45 ans.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quels sont les tarifs pratiqués en 2026 ?
Chloé Aubert : Une soirée slow dating se situe généralement entre 25 € et 45 € selon la ville, le lieu et les inclusions (boisson souvent comprise). À Lyon ou Bordeaux, on trouve des formats à 28 € ; à Paris, la moyenne tourne autour de 38 €. Ces prix restent inférieurs à une sortie restaurant classique et couvrent l’organisation, le lieu et parfois un verre. Le speed dating grand public, lui, démarre souvent à 20 €, mais avec une densité d’échanges beaucoup plus élevée.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quels conseils donner aux participants sur le prix ?
Chloé Aubert : Il faut se méfier des offres trop élevées qui promettent un « match garanti ». La rencontre ne se monnaye pas. Les organisateurs sérieux communiquent clairement sur le format, le nombre de participants et les retours des soirées précédentes. Les plateformes d’événements comme Eventbrite ou Billetweb, les réseaux des organisateurs locaux et les agendas spécialisés comme JDS permettent de comparer les propositions avant de réserver.
Les erreurs qui font rater un slow dating
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quelles sont les erreurs les plus fréquentes que vous observez lors des soirées slow dating ?
Chloé Aubert : La première est d’arriver avec le téléphone à la main. Les participants qui consultent leurs messages entre deux échanges perdent tout de suite l’attention du groupe. Nous demandons désormais de déposer les téléphones dans un panier à l’entrée. La deuxième erreur consiste à traiter la soirée comme un entretien d’embauche : questions sur le salaire, le projet professionnel à cinq ans, le dernier bilan médical. Ces échanges tuent la fluidité. Nous voyons aussi des personnes qui parlent de leurs ex dès les dix premières minutes. Cela crée un malaise immédiat et réduit les chances de seconde rencontre de plus de 60 % selon nos retours post-événement. Enfin, beaucoup jugent en cinq minutes en se disant « ce n’est pas mon type ». Le format est justement conçu pour dépasser cette première impression superficielle.
Autre piège fréquent : viser la performance plutôt que la curiosité. Les participants qui cherchent à « réussir » leur soirée oublient d’écouter. Résultat : conversations déséquilibrées et impressions négatives des deux côtés.
Si plusieurs rencontres démarrent en parallèle après une soirée, il est utile de consulter notre guide du multi-dating avec éthique pour poser des limites claires dès le départ.
Sans téléphone et sans interruption, une conversation de 40 minutes révèle bien plus qu'un speed dating. Source : illustration éditoriale.
Et si plusieurs rencontres démarrent en parallèle, notre guide du multi-dating avec éthique rappelle les règles de clarté et de respect.
Où pratiquer le slow dating en 2026 et quelles tendances ?
Camille Reynaud, Rencontres Facile : L’offre reste-t-elle concentrée à Paris ?
Chloé Aubert : Oui, mais la diffusion s’accélère. En 2025, 68 % de nos événements se tenaient encore en Île-de-France. Pour 2026 nous prévoyons 42 % en régions, principalement Lyon, Bordeaux, Nantes et Lille. Les formats hybrides se multiplient : dîners lents de six convives, marches-rencontres de 90 minutes dans les parcs, ateliers cuisine pour célibataires avec un chef et une animatrice relationnelle. Ces formats attirent des profils qui refusent les applis et recherchent un cadre structuré sans pression de volume.
Camille Reynaud, Rencontres Facile : Quelle tendance de fond observez-vous ?
Chloé Aubert : La fatigue des applis pousse une partie des 30-45 ans vers l’événementiel. Nous enregistrons une hausse de 37 % des inscriptions en solo depuis janvier 2025. Les organisateurs qui survivent misent sur la qualité et le suivi humain plutôt que sur le volume. Après chaque soirée nous envoyons un questionnaire détaillé et proposons des mises en relation ciblées dans les quinze jours qui suivent, avec un taux de réponse positif de 41 %. Les données de l’Ined confirment que les rencontres hors ligne structurées produisent des couples plus stables à trois ans.
Une autre voie de la rencontre lente consiste à combiner activité physique et échange : consultez le guide de French Will pour rencontrer par le sport et l’activité.
Pour des chiffres nationaux actualisés sur les modes de rencontre, reportez-vous aux travaux publiés par l’Ined et ses études sur les couples et les rencontres en France.
Paris et grandes villes concentrent encore l’offre, mais les régions progressent rapidement.
Les formats hybrides (marches, ateliers cuisine, dîners lents) attirent les profils réfractaires aux applis.
Le suivi humain après l’événement devient un critère de différenciation décisif.
Le slow dating est un format de rencontre organisée qui privilégie la qualité à la quantité : échanges longs (30 à 45 minutes) en petit groupe, ambiance intimiste, téléphones souvent éteints. Contrairement au speed dating, il n'y a ni minuteur ni cloche : les conversations se terminent naturellement, et les recontacts sont proposés uniquement en cas d'intérêt réciproque dans les 48 heures.
Quelle différence avec le speed dating ?
Le speed dating maximise le nombre de rencontres (12 à 18 mini-rendez-vous de 4-5 minutes en une soirée) tandis que le slow dating maximise la profondeur (3 à 5 échanges longs). Le premier convient à ceux qui veulent toucher du monde rapidement et s'amuser ; le second à ceux qui préfèrent une conversation réelle avant de décider. Les prix se recoupent : dès 20 € pour un speed dating, plutôt 25-45 € pour une soirée slow dating.
Combien coûte une soirée slow dating ?
Comptez généralement entre 25 € et 45 € selon la ville, le lieu et la prestation (une boisson est parfois comprise). Certains formats grand public de speed dating descendent à 20 €. Méfiez-vous des événements très chers qui promettent un « match garanti » : la rencontre ne se monnaye pas, et les meilleurs organisateurs facturent le cadre, pas la promesse.
Le slow dating est-il fait pour les timides ?
Oui, c'est même l'un de ses publics les plus fidèles. Le cadre très explicite (on sait pourquoi on est là), les petits groupes, l'absence de pression du « premier pas » et les consignes de bienveillance créent un environnement où les profils introvertis s'épanouissent. Beaucoup de participants décrivent le slow dating comme la première forme de rencontre où ils n'ont pas l'impression de « performer ».
Où trouver des événements slow dating en France ?
L'offre se concentre encore à Paris et dans les grandes villes, mais elle se diffuse. Cherchez sur les plateformes d'événements (Eventbrite, Billetweb), les réseaux des organisateurs locaux et les agendas sortants (JDS) avec les mots-clés « slow dating » ou « rencontre lente ». Les formats hybrides se multiplient : dîners lents, marches-rencontres, ateliers cuisine pour célibataires.
Rencontre intentionnelle : ça veut dire quoi ?
C'est l'idée d'aborder la rencontre comme une démarche assumée plutôt que comme une attente : savoir ce qu'on cherche (relation sérieuse, construction lente), le dire clairement dès le début, et construire la relation avec cette transparence. Le mouvement gagne l'industrie — Hinge se dit « conçue pour être supprimée », des plateformes comme Why Not Connect suppriment le swipe au profit de la compatibilité.